Le Courrier de la CIPRES n°36
Le cabinet FINACTU a récemment publié, conjointement avec les équipes de la CIPRES, une étude très fouillée sur les régimes de retraite du continent. Cette étude – une première en Afrique ! – tire profit des dizaines d’études actuarielles conduites par FINACTU partout sur le continent, de Djibouti à Abidjan, de Casablanca à Tananarive et de Tunis à Libreville. L’expertise ainsi accumulée depuis près de 20 ans, combinée avec celle des Inspecteurs de la CIPRES, a permis de dresser un constat original des 23 caisses gestionnaires de régimes de retraite de l’espace CIPRES, en les comparant à de nombreux régimes africains hors de l’espace CIPRES.
Trois grandes conclusions peuvent être tirées de cette étude.
CONCLUSION 1 : TOUS NOS RÉGIMES SONT SOUMIS À L’ÉPREUVE DE L’ALLONGEMENT DE LA DURÉE DE LA VIE.
A travers une analyse actuarielle de tous les régimes, l’étude de FINACTU confirme à quel point les gains d’espérance de vie que connait le continent constituent, pour nos régimes de retraite, une véritable menace. Le paramétrage de nos régimes, c’est-à-dire la fixation des cotisations et des règles de calcul des prestations, a en effet été fait lors de leur mise en place, dans les années post-indépendance, sur la base de l’espérance de vie de l’époque, qui ne dépassait pas quelques années après le départ en retraite. Les 60 ans qui se sont écoulés depuis ont vu une formidable amélioration de cette espérance de vie : les données collectées par FINACTU montrent que les progrès de la médecine ont permis de faire gagner en moyenne 5 années de vie à nos retraités entre 1960 et 2015. Ces 5 années, non prévues par les créateurs des régimes, jamais intégrées par les gestionnaires successifs des caisses, ont profondément déséquilibré nos régimes. Alors qu’il aurait fallu réformer les régimes à mesure que l’espérance de vie augmente, les générations de dirigeants qui se sont succédés n’ont rien fait. Ils ont pu compter sur ce que FINACTU appelle « l’âge d’or de la retraite » : lors de la création d’un nouveau régime par répartition, les premières années sont toujours glorieuses, car les cotisations s’accumulent tandis que les droits à prestations ne sont pas encore arrivés à maturité. Cette « cavalerie démographique » a permis de masquer la situation pendant des décennies.
Cet âge d’or a pris fin quand les premières générations qui ont commencé à travailler dans les années 1960 sont arrivées à l’âge de la retraite, 40 ans plus tard, c’est-à-dire vers 2000. Nous savons tous en effet que c’est au tournant du siècle que les problèmes sont apparus dans nos caisses.
CONCLUSION 2 : NOS RÉGIMES SONT INCROYABLEMENT HÉTÉROGÈNES.
L’étude FINACTU a comparé tous les régimes de retraite, pour mettre en évidence leur hétérogénéité. Elle montre ainsi qu’au sein de la CIPRES :
- les taux de cotisation s’étagent entre 7% et 35% ;
- les taux d’annuité varient de 1,3% à 2,67%
Cette hétérogénéité masque un paramétrage souvent catastrophique de nos régimes. Ainsi, à titre d’exemple, plusieurs caisses prélèvent des cotisations inférieures à 10% mais promettent un taux d’annuité supérieur à 2% : un calcul simple montre que ces paramètres ne sont viables que si les retraités ne vivent pas plus de 5 ans en retraite, c’est-à-dire que tous les retraités doivent être décédés en moyenne à 65 ans. Nous savons bien que ce n’est pas le cas : c’est une bonne nouvelle pour les populations, mais une mauvaise nouvelle pour les caisses !
A court ou moyen terme, quand ces régimes déraisonnables auront épuisé les solutions palliatives pour masquer la triste réalité de leur situation, ils devront se confronter à la réforme. Avec d’autant plus de difficultés qu’ils s’y prendront tard…
CONCLUSION 3 : LA RÉFORME EST POSSIBLE !
La bonne nouvelle de l’étude se découvre à la fin : non seulement la réforme est inéluctable et indispensable, mais les experts de FINACTU nous confirment qu’elle est aussi et surtout possible et finalement simple à faire ! Plusieurs pays se sont confrontés à cette réforme avec succès : l’étude nous livre les détails des réformes au Maroc (CMR), en Côte d’Ivoire (CNPS et CGRAE), etc. Tous en sont sortis ragaillardis, ayant transformé leurs déficits passés en excédents en activant les trois leviers de la réforme : augmenter les cotisations, diminuer les taux d’annuité ou reculer l’âge de départ en retraite.
La bonne nouvelle pour ces pays courageux est que le retour à l’équilibre des régimes permet d’engager de nouveaux projets de développement : création de régimes complémentaires par capitalisation ? extension des régimes vers de nouvelles populations ? etc.









