Depuis sa création, au début des années 1990, la CIPRES n’a cessé de se renforcer et de se moderniser. Imposé dans le paysage de la prévoyance sociale il y a 25 ans, rien ne garantissait que le traité signé en septembre 1993 à Abidjan, portant la CIPRES sur les fonts baptismaux, donnerait autant de satisfaction. Pour le spectateur que je suis, la CIPRES présente aujourd’hui un triple succès, à l’heure où elle s’apprête à inaugurer son nouveau siège social.
Le premier succès, c’est celui du redressement des caisses. Se souvient-on de l’état de notre prévoyance sociale continentale il y a 25 ans, quand les caisses présentaient toutes une solvabilité défaillante et accumulaient les déficits ? En quelques années, grâce à un formidable effort d’informatisation et d’amélioration de la gestion, sous l’impulsion des inspecteurs de la CIPRES et sous l’égide d’une nouvelle génération de Directeurs Généraux, moins politiques et plus techniques, la quasi-totalité des caisses ont retrouvé une relativement bonne santé. Il y a 25 ans, nous étions dans l’ère des audits, des plans de redressement, des scénarii catastrophes et la rumeur de la cessation de paiement planait sur nos têtes. Aujourd’hui, les caisses sont entrées dans l’ère des nouveaux projets, de l’extension à de nouvelles populations, de la création de nouveaux régimes. Certaines – les plus audacieuses – ont passé des réformes paramétriques pour pérenniser leurs solvabilités, et celles qui ne l’ont pas encore fait y pensent activement. En devenant un cénacle d’experts, la CIPRES est aussi devenue un lieu de partage de bonnes pratiques, d’échanges d’expérience, et finalement d’émulation. Au lieu de laisser chaque caisse gérer les crises en solitaire dans son pays, la CIPRES permet de gérer le succès collectivement. Récemment, sous l’égide du Secrétaire Exécutif, l’organisation de séminaires ou de forums thématiques a permis de systématiser ces partages d’expérience.
Le second succès de la CIPRES, c’est celui de la légitimité et du ralliement. En quelques années, la CIPRES est passée de 14 à 17 pays, avec l’arrivée de la République Démocratique du Congo en 2009, de Madagascar en 2016 et de la Guinée Bissau et des Comores plus récemment. Cette croissance des effectifs, conséquence de sa capacité d’attraction, est le signe de sa vivacité et de sa légitimité. L’élargissement n’est d’ailleurs sans doute pas terminé : car si le trait d’union entre les caisses CIPRES est la similitude des régimes de retraite (fonctionnant par répartition, le plus souvent à prestations définies en annuité), alors on voit bien que d’autres pays ne tarderont pas à frapper à la porte de l’institution… Dans les pays déjà membres, les nouvelles institutions n’ont pas manqué de venir se ranger sous l’aile protectrice de la CIPRES : INAM au Togo, CPPF et CNAMGS au Gabon, etc. Un cercle vertueux s’est ainsi enclenché, qui permet à la CIPRES d’être adossée à un financement plus large.
Enfin, le troisième succès, c’est celui de la normalisation. Dès sa création, la CIPRES s’était dotée d’un plan comptable de référence, qui fut la première pierre d’un édifice qui aura vocation, à l’avenir, à devenir un code régional de la prévoyance sociale. Rapidement, les indicateurs de gestion et de performance sont venus compléter l’arsenal réglementaire, pour créer un corpus commun de fonctionnement.
Pour autant, alors qu’elle s’apprête à fêter ses 25 ans, la CIPRES n’en est qu’à ses débuts, et les défis pour son avenir sont aussi nombreux que les succès des premières années.
Le plus gros défi, c’est sans aucun doute de faire souffler le vent de la réforme partout dans nos institutions :
- sur les régimes de retraite, la réforme doit venir rétablir les équilibres financiers que l’allongement de la durée de la vie et la montée du chômage partout en Afrique sont venus mettre en péril. Le préalable, on le sait, c’est cette fameuse évaluation actuarielle, que la CIPRES a rendu obligatoire tous les 5 ans, mais qui n’est qu’une condition nécessaire mais pas suffisante : une fois l’évaluation actuarielle connue, il faut passer à l’action et amorcer la réforme des paramètres, pour rééquilibrer nos régimes. Il suffit de se tourner vers les pays qui ont fait ces réformes pour mesurer tout le bénéfice que cela apporte…
- du côté des régimes d’assurance maladie, s’il faut se féliciter du nombre croissant de pays qui se sont lancés (Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Togo, Bénin, …), il faut aussi souligner que partout, l’AMO n’est encore trop souvent qu’une machine à gérer les remboursements. Il reste à en faire des acteurs clés de la politique nationale de santé publique, en pesant sur l’offre de soins via le conventionnement des prestataires, et en affinant la connaissance des besoins médicaux à travers l’exploitation des consommations médicales.
Le second défi, c’est celui du renforcement du cadre commun. Une rapide comparaison avec l’institution sœur qu’est la CIMA montre qu’il y a du sens à constituer un corpus de règles communes de fonctionnement. Le code CIMA est devenu, dans le domaine de l’assurance, une référence qui s’impose aux nations, et qui ne cesse de s’améliorer. Sans doute un jour aurons-nous aussi un « code CIPRES » complet, qui s’imposera à toutes les caisses. Ce cadre devra s’attaquer aux problématiques contemporaines que sont l’extension de la protection sociale et la création de nouveaux régimes de retraite par capitalisation. L’avenir dira si ce futur code complet tentera ou non d’harmoniser les paramètres des régimes… Au-delà du code, la CIPRES doit être le lieu d’émergence d’un applicatif informatique métier commun à toutes les caisses. Trop de budgets sont engloutis individuellement par les caisses dans la maintenance ou le développement de leurs logiciels métiers : il faut accélérer le projet d’un SI mutualisé.
De nombreux défis attendent la CIPRES, parmi lesquels : l’autonomie financière et le renforcement du pouvoir de contrôle. L’aventure, en un sens, ne fait que commencer !









